Assemblée générale annuelle de la LICRA

La LICRA s’est réunie, conformément à ses statuts, en assemblée générale ordinaire annuelle dans les murs de la Maison du barreau à Paris. A cette occasion, les militants de la LICRA ont adopté à l’unanimité moins une abstention le rapport moral du président Mario Stasi, le rapport d’activité du secrétaire général Ari Sebag et celui du trésorier Dominique Morel.

 

Synthèse du rapport moral du président Stasi

 « 2017 a été une année charnière dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Ce fut tout d’abord une année de mobilisation à la faveur des élections présidentielles et législatives. Alain Jakubowicz, alors président de notre association, a mis toute son énergie et celle de la LICRA dans la bataille pour faire reculer les extrémismes et refluer la libération de la parole raciste et antisémite. Si l’extrême-droite a échoué dans son projet désormais assumé de devenir un parti de gouvernement, elle a accédé au second tour et obtenu dix millions de voix, un record sinistrement historique. La progression des alliés du Front National dans toute l’Europe accroît la vigilance qui doit être la nôtre devant la résurgence d’idéologies dont l’Histoire a démontré le risque et le danger létal pour nos valeurs universalistes.

2017 fut aussi une année de prise de conscience que les sources du racisme et de l’antisémitisme avaient désormais des ramifications bien plus complexes que le monopole historique de l’extrême-droite. Nous avons accompli un travail décisif et essentiel de sensibilisation du grand public à l’existence d’un antisémitisme issu d’une partie du monde musulman, charrié par les entreprises communautaristes et qui nourrit la radicalisation et le terrorisme. Nous avons aussi pointé l’avènement d’un racisme identitaire d’extrême-gauche victimaire qui essentialise « le Blanc » en colon et la France en « Etat raciste ». Nous avons démontré, par nos prises de position, que nous avions pris la mesure de la complexité de notre mission et des front multiples qui sont aujourd’hui ouverts.

2017 fut aussi une année de retour aux sources de nos combats. A la LICRA, nous avons l’expérience de la mémoire des génocides et nos prédécesseurs ont été les fondateurs d’une résilience longtemps refoulée et pourtant indispensable en matière de justice et de mémoire. C’est cette fidélité qui a conduit la LICRA, au cours de cette année, à être partie civile lors des procès français du génocide des Tutsis ou encore à demander, malheureusement en vain, la levée du secret défense sur les archives liées à l’intervention de notre pays au Rwanda et au Burundi en 1994. C’est cette même fidélité qui a soutenu nos actions en faveur des réfugiés et de la défense immarcessible du droit d’asile dont nous sommes les dépositaires.

2017 a été aussi une année d’engagements concrets et intenses pour nos militants sur le terrain, dans les écoles, dans les stades, dans les entreprises, auprès des pouvoirs publics afin de porter avec alacrité les couleurs de la République, ses valeurs et le message fraternel qui, chaque jour, nous pousse à l’action. C’est par l’accueil des victimes, nos actions de formation, nos actions justice que nous donnons le meilleur de nous-mêmes afin de faire reculer les discriminations raciales et la banalisation de l’antisémitisme.

2017 a été une année de passage de témoin à la LICRA. Comme il l’avait annoncé, Alain Jakubowicz a souhaité transmettre sa présidence en cours de mandat et assurer à notre association les conditions optimales d’un renouvellement apaisé dans un contexte où les valeurs de la République sont affaiblies de toutes parts. Je souhaite lui rendre hommage et lui témoigner la gratitude des militants de notre association pour l’engagement et l’énergie dont il ne s’est jamais départi dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Sa présidence a marqué l’histoire de la LICRA et de ses combats. Elle a permis de construire durablement des fondations qui assurément, nous seront utiles pour l’avenir et font que la parole de notre association est écoutée, entendue et respectée. C’est dans cet esprit que je lui ai confié la mission de piloter l’intergroupe parlementaire Jean Pierre-Bloch et de défendre auprès du Gouvernement et des élus de la représentation nationale nos propositions phares : la sortie des délits à caractère raciste et antisémite de la loi de 1881 sur la presse et l’avènement d’une régulation d’internet contre le développement des discours de haine. »

 

Les rapports du secrétaire général et du trésorier

Ari Sebag a rappeler les grandes tendances liées à l’activité de la LICRA en 2017 en matière d’éducation, de sport, d’aide aux victimes et de communication. Il a rappelé les enjeux liés à la modernisation et à la professionalisation de nos actions et à la nécessité, toujours plus grande, de nous adapter à une réalité changeante. Dominique Morel, trésorier, a quant à lui rappelé les difficultés financières traversées par notre association en 2017, notamment liée aux aléas dans l’octroi des subventions ministérielles au cours d’une année électorale toujours propice à fragiliser les financements aux associations. Il a présenté des perspectives plus sereines pour l’année 2018 grâce au travail de remise à plat des conventions et des partenariats entre la LICRA et les pouvoirs publics mais aussi la recherche de fonds privés.

 

Les commissions

Les comptes-rendus des commissions seront communiqués dans une prochaine newsletter

 

LICRA-DILCRAH : une confiance renouvelée 

Frédéric Potier, délégué interministériel à la tête de la DILCRAH, a tenu a participer aux travaux de la LICRA et a salué les combats menés par des « frères d’armes » qui chaque jour, sur le terrain, font reculer la haine raciste et antisémite. A cette occasion, la LICRA et la DILCRAH ont signé leur convention annuelle, témoignage de la confiance renouvelée des pouvoirs publics à l’égard de notre association. De son coté, Mario Stasi a rappelé combien la création de la DILCRAH avait permis de faire avancer nos combats et de porter, au sein de l’action gouvernementale, une dynamique antiraciste désormais irréversible dans la mise en oeuvre des politiques publiques.

 

Le débat : Rééditer le haine ? 

Cette journée d’assemblée générale s’est terminée par la conférence-débat organisée à l’initiative de Mario Stasi autour d’Emmanuel Debono, historien, de Christian Charrière-Bournazel, avocat, ancien bâtonnier de Paris et ancien président de la commission juridique de la LICRA et Frédéric Potier, préfet DILCRAH.

Animé par Abraham Bengio, président de la commission culture de la LICRA, ce débat riche et roboratif a permis de revenir sur les conditions dans lesquelles certains ouvrages racistes ou antisémites faisaient l’objet d’entreprises de réédition. Emmanuel Debono a notamment indiqué qu’en 1978, lors de la réédition de Mein Kampf, la LICRA avait été à la manoeuvre pour obtenir des tribunaux une réédition encadrée par un avertissement préalable et une mise en contexte du texte. Robert Badinter, à l’époque avocat de la LICRA, avait demandé à René Rémond d’établir une liste des critères qui devaient présider à la réédition de tels textes.

Maître Charrière-Bournazel a rappelé que dans les textes antisémites de Céline, dont la maison Gallimard a entrepris la réédition, n’avaient absolument rien de littéraire et participaient à une mécanique de la haine qu’il fallait à tout prix endiguer, au besoin en saisissant la justice.

Frédéric Potier a quant à lui évoqué ses prise de position immédiates au moment de l’affaire Céline et rappelé la position du conseil scientifique de la DILCRAH, dont Emmanuel Debono est membre, sur cette question : si une réédition doit avoir lieu, elle doit être le fruit d’une entreprise scientifique non lucrative et destinée à éclairer ces textes en tant qu’objets d’études grappe à un appareil critique solide et incontestable.

L’intégralité de cette conférence sera mise en ligne très prochainement.

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