Dijon : Rassemblement en l’honneur d’Arnaud Beltrame et de Mireille Knoll

Je m’appelle Alain David et suis vice-président de la Ligue internationale contre le racisme  et l’antisémitisme de Dijon, et membre du bureau national.

Nous sommes ici pour exprimer une émotion, notre émotion d’êtres humains, d’abord, notre émotion de citoyens aussi.

Cette émotion va vers toutes les victimes de l’horreur barbare manifestée dans le récent terrorisme, vers Jean Mazières, vers Christian Medevès, vers Hervé Sosna, dont il faut aujourd’hui prononcer les noms en pensant à ce qu’ils furent,  en pensant à eux, arrachés si injustement à leur vie ; en se représentant la peine infinie de leurs proches.

Mais la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, qui appelle tous les citoyens sans exclusive à ce rassemblement, a voulu ce soir attirer encore davantage l’attention sur deux des victimes, parce que parmi toutes elles n’ont pas été choisies au hasard par les assassins, parce qu’elles incarnent l’une et l’autre quelque chose de ce que nous sommes, de ce que nous voulons être.

Mireille Knoll, cette femme qui avait échappé en 1942 à la rafle du Vel d’Hiv, et qui vécut par la suite en compagnie d’un rescapé de la Shoah, pour venir mourir finalement sous les coups de deux délinquants minables, à la tête perturbée par l’antisémitisme. Mireille Knoll, après Carpentras, la rue des Rosiers, Ilan Halimi, les enfants de école juive Ozar Hatora de Toulouse, Sara Halimi, l’hyper Cacher : Mireille Knoll nous donne à comprendre que les temps ont changé, et qu’aussi incroyable et inadmissible que cela soit, pour les hommes du XXIème siècle qui ont vécu avec la mémoire d’Auschwitz comme repère intellectuel et moral, l’antisémitisme est là, de nouveau, nouveau et ancien, banal et violent, protéiforme et banalisé.

Et puis Arnaud Beltrame – le colonel Arnaud Beltrame – dont aujourd’hui on ne finit pas de célébrer l’incroyable geste. Sans en rajouter je dirai pour ma part que je ne cesse, dans la sidération où je suis encore, de me demander si j’aurais eu le courage, moi, de faire, si les circonstances l’avaient demandé, ce qu’il a fait –  ce qu’il a fait lui, prendre la place d’une autre qui ne lui était cependant rien, d’une autre vouée sans lui à la mort. Qui sauve un être humain, dit je crois le Talmud, sauve l’humanité. Sachant aussi et seulement qu’il a fait, lui, exactement, ce qu’il fallait faire. Sachant désormais, encore, que les mots si volontiers invoqués, et parfois avec tant de légèreté, de République, de liberté, d’égalité, de fraternité, ont été par son extraordinaire sacrifice, cette fois-ci incarnés, qu’ils ont pris le visage d’Arnaud Beltrame, recevant une éclatante et irrécusable vérité.

Arnaud Beltrame, je le ressens ainsi, me donne au milieu de cette époque si triste, un peu de quoi être et de quoi espérer.  Aujourd’hui disparu il comptera désormais, et je sais, je le sais, que nous n’en finirons pas d’avoir à honorer et remercier sa mémoire.

Mesdames et Messieurs, d’autres, sans exclusive aucune, qui sont venus répondre à l’appel de la Licra vont prendre la parole. Il faut ce soir que quoi qu’il en soit de nos différences et de nos sensibilités particulières, nous nous exprimions, en citoyens, en êtres humains, pour dire notre émotion. Puis suivra le silence, pendant une minute, pour laisser résonner la voix de ceux qui ne sont plus parmi nous et dont la trace, nous sommes venus l’affirmer, demeurera désormais dans nos mémoires.

Alain David, Président de la Commission Histoire, Mémoire et Droits de l’Homme de la LICRA 

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