Licra Touraine : «Mémoires de deux survivants, l’une Tutsie, l’autre Juif»

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C’est autour du thème « Mémoires de deux survivants : l’une Tutsie et l’autre Juif » que la Licra Touraine organisait, ce mercredi 08 novembre 2017, un dîner-conférence-débat.

Un rendez-vous exceptionnel qui réunissait Beata Umubyeyi Mairesse, rescapée du génocide des Tutsis au Rwanda et André Panczer, rescapé du génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Deux survivants de l’horreur, survivants l’un et l’autre d’un génocide qu’un demi-siècle seulement sépare et que la Licra Touraine a souhaité réunir, laissant libre cours à  leurs échanges, leurs réflexions, leur émotion, au nom d’une nécessaire « convergence mémorielle ».

Deux peuples victimes de l’incitation à la haine, de l’humiliation et des appels au meurtre de masse, deux peuples témoins du silence de la communauté internationale, deux  peuples soucieux de la prévention des crimes contre l’humanité, deux peuples guettés par les adeptes du négationnisme. Car au-delà de quelques divergences liées à la période, au territoire, aux processus opératoires, aux motivations, des similitudes obsédantes subsistent entre le génocide juif et le génocide rwandais : classification, discrimination, propagande, arbitraire administratif, délation, déshumanisation, persécution, extermination, déni…

Beata est adolescente lorsque surgit l’innommable dans sa vie : le génocide des Tutsis. Réfugiée plusieurs mois dans une cave, elle quitte le Rwanda pour la France avec pour seule compagne, la littérature. Cette brillante conteuse, fait de son exil un chant où les destins se croisent, les vies se télescopent, dans un pays dominé par la peur, la confusion, et qui rappelle combien l’impossible peut devenir possible. Chaque confidence nous plonge dans un univers méconnu et dévoile tout un pan négligé de l’Histoire.

Il ne s’agit pas pour Beata de décrire le génocide, mais de suggérer ses désastres, avec les blessures personnelles qui l’accompagnent, comme s’il était insurmontable de s’attarder sur cet indicible paysage de désolation et de destruction qui caractérise le génocide en tant que tel.

A l’aube d’une jeunesse heureuse à Paris, André voit sa vie basculer au cœur de la seconde guerre mondiale, loin d’imaginer que des citoyens français puissent un jour être inquiétés en France par la police française, au seul motif qu’ils étaient juifs par leur naissance. Au fil des pérégrinations de l’enfant caché qu’il fût, il remémore son troublant récit d’errance en zigzags, face à l’explosion d’une cellule familiale dont les membres connaîtront les pires histoires divergentes.

Pourtant, André, aujourd’hui Président du Conseil national pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés (COMEJD), a ce don de survie qui a transformé la cruauté de son enfance en force de résistance exceptionnelle, de tolérance, d’altruisme.

A l’heure où le devoir de mémoire prend une place de plus en plus notable dans notre société contemporaine, les messages d’André et de Beata, sont une manière de dépassionner le mal par des valeurs de solidarité, de confiance et d’espoir envers l’humanité. Ils permettent aussi de mettre en lumière les préoccupations des questions mémorielles et l’héritage culturel qu’elles nous ont laissé.

« Deux belles âmes », confesse Martine Strohl, Présidente de la Licra Touraine. « Votre suprême témoignage s’impose à nous avec une évidence particulière. On ne dira jamais assez, tout ce qu’il faut d’abnégation, de générosité et de témérité pour révéler sans cesse les terribles secrets dont vous êtes porteurs ».

Cette soirée fut aussi l’occasion unique d’une rencontre avec un large public mobilisé, respectueux et sensible aux enjeux de l’Histoire ainsi qu’aux défis du monde contemporain, portés par une vigilance accrue contre tout retour à la barbarie.

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