Licra Drôme : Nyons, terre des Justes

Nyons, terre des Justes

 

Une plaque commémorative en mémoire de collégiens juifs déportés en 1944 fut dévoilée à Nyons vendredi 27 janvier à l’occasion du 72e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Officiels (la Sénatrice Marie-Pierre Monier et le Sous-Préfet Bernard Roudil sur les photos), corps constitués, Sarrois, collégiens et lycéens étaient présent pour cet hommage rendu afin que l’on oublie jamais. La plaque a été scellé par la mairie sur la façade de l’Espace Roumanille. 

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A cette occasion, les enfants cachés durant l’Occupation à Nyons sont venus, parfois de très loin, rendre hommage à leurs sauveurs. Témoignage de Werner Lazar, héritier de cette lourde histoire. 

« Je souhaite remercier tout particulièrement tous les Nyonsais et toutes les Nyonsaises connus ou inconnus qui ont aidés ou sauvés des juifs.

Ces quelques mots sont basés sur notre « saga » familiale, car mes parents, oncles, tantes, grands-parents et d’autres membres de ma famille ont vécus depuis 1935 et pendant une partie de la guerre ici à NYONS.

L’accueil réservé par la population nyonsaise à ces réfugiés sarrois fut dans l’ensemble favorable comme en a attesté Monsieur Herbert LEVY, mon oncle, qui vécut ici.

La paroisse protestante mis à la disposition de la communauté juive, le local de la Fraternité qui porte bien son nom, et qui fut transformée en synagogue.

Malgré la barrière de la langue – aucun d’eux ne parlait le français – les réfugiés sarrois purent s’intégrer à la vie nyonsaise.

L’intégration des jeunes fut naturellement plus facile du fait de l’école. En 1935, furent crées deux classes spéciales au Lycée ROUMANILLE. Garçons et filles furent souvent de bons élèves et en 1936, leurs noms apparaissent sur le palmarès de la distribution des prix. Ils purent ensuite mener une scolarité normale. 

Malheureusement, leur destin allait changer dramatiquement. 

Du 25 au 27 août 1942, en vertu des accords franco-allemands, une opération comparable à la rafle du VEL. D’HIV, fut préparée en zone libre contre les Juifs étrangers et conduite par la police française.

Mais l’opération n’obtint pas le résultat escompté : c’est ce qui ressort des extraits de la lettre adressée par le sous-préfet de NYONS au préfet de la Drôme le 1er septembre 1942. Document intéressant car il témoigne de la réaction de la population nyonsaise ainsi que des premières manifestations d’une opposition à la politique de VICHY.

La synthèse de ce document montre ainsi :

  • Que tout d’abord les milieux protestants apportèrent leur soutien moral aux juifs.
  • Ensuite que les Gaullistes et résistants furent également solidaires.
  • Et enfin qu’heureusement, grâce à ce soutien, 20 % « seulement » entre guillemet des juifs allemands furent arrêtés à ce moment là.
DANS LA NUIT DU 21 JANVIER 1944, UNE RAFLE FUT DIRIGEE CONTRE LES JUIFS ET CONTRE LA RESISTANCE

VOICI PLUS PRECISEMENT CE QUI SE PASSA POUR LES FAMILLES LAZAR ET STRAUSS DONT LE NOM DES ENFANTS FIGURE SUR CETTE PLAQUE

Le 21 janvier 1944, la Gestapo arrêtait toute la famille, à l’exception du père, l’oncle de ma mère, Ludwig LAZAR, qui s’était caché dans une penderie, pensant qu’on n’arrêtait que les hommes. Furent arrêtés et déportés, Bertha, la tante de ma mère, ses quatre enfants, Ruth 18 ans, Gunther 17 ans, Kurt 13 ans, Francine 5 ans, et son neveu de 16 ans, Werner.

Je n’en ai connu aucun, car ils sont tous morts à AUSCHWITZ dans les chambres à gaz nazis, peu de temps après. Leurs noms, ainsi que celui de Rosel SALMON 11 ans et sa sœur Ilse 19 ans figurent sur la plaque apposée dans ce Lycée ROUMANILLE.

IMG_1024Au total, 28 juifs furent déportés à partir de NYONS, soit près du quart des Juifs déportés de la Drôme. 2 uniquement, revinrent en 1945 (Henri WOLF et Walter WEILER).

En 2004 Monsieur LAGET écrivait :

« Soixante ans plus tard, il n’est pas inutile de rappeler aux générations présentes et futures, la mémoire de ces innocentes victimes dont la confiance en la France a été trahie, mais aussi de l’aide apportée par la plupart des Nyonsais et des Nyonsaises, au risque de leur vie »

Pour ma part, je tiens à nouveau à remercier du fond du cœur, les Nyonsais et les Nyonsaises.

Je vais me tourner maintenant vers vous, jeunes lycéens, vous qui allez passer chaque jour devant cette plaque commémorative. Bientôt il n’y aura plus de témoins directs de cette époque. Vous élèves de ce lycée, prenez conscience de ce qui s’est passé, et de ce que cette plaque symbolise. Prenez exemple de vos ainés dans votre vie à venir.

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Et je terminerai en citant Elie WIESEL, déporté à AUSCHWITZ-BIRKENAU, puis BUCHENWALD et qui lors de son discours de réception du Prix Nobel de la  paix disait : « Nous devons toujours prendre partie, la neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté »    

Toutes les photos de l’événement sont à retrouver ici:

 https://goo.gl/photos/kKsBv9iXkTEBERVm9

Diaporama : Journée de Mémoire

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